Opération War Logs

Publié le par Jeunes femmes insolentes

L'opération War Logs consistait en la révélation simultanée et concertée de 92 000 documents internes à l'armée américaine concernant la situation en Afghanistan, par trois grands médias internationaux et un site alternatif. Ce site c'est Wikileaks et les célèbres publications sont Le New York Times, le Guardian et Spiegel. Bien plus que les possibles révélations (j'y reviendrai) de ces documents classifiés, la plupart des journaux et commentateurs se sont concentrés sur une possible révolution du journalisme, et ma foi, c'était bien plus intéressant.

Est ce que l'opé War Logs traduisait un nouvel âge du journalisme, que certains ont qualifié: avènement de la société de la transparence, ou signifiait simplement l'adaptation des vieux outils au web 2.0. 

Le web 2.0, vous savez? Ce nouvel internet participatif qui fait tellement de mal au Journalisme (avec un grand J) car chaque petit blogueur pouvait se la jouer grand reporter et le cercle très fermé des cartes de presse avait du mal à avaler la pillule. Je ne crois pas qu'un quelconque blogueur s'est pris pour un journaliste (sauf si l'égo sur-dimensionné est un critère de reconnaissance) mais pendant plusieurs mois (et ce n'est pas vraiment terminé) la presse traditionnelle comme en ligne, s'est demandée comment renaître de ses cendres tel le phoenix. 

Wikileaks, le journalisme et l'investigation, la nouvelle société de la transparence et les vieilles institutions des cachoteries... j'ai un peu ressassé tout ça et... je n'en ai pas tiré de franches conclusions! Rien de nouveau sous le soleil hein? ;o)

 

Wikileaks est il l'avenir du journalisme?

Pour Jay Josen, professeur de journalisme à l'université de New York, Wikileaks est le premier média d'info affranchi de la dépendance d'un Etat. Il est le seul qui publie indépendamment de l'intérêt national.

Est ce que Wikileaks donne une leçon ou au moins une solution aux médias d'informations traditionnels?

Que nenni! Wikileaks ne fait pas du journalisme, et n'a jamais prétendu en faire. Quand il a été nécessaire d'utiliser les outils des journalistes pour vérifier, recouper, coordonner, Wikileaks a eu la bonne idée de demander à des journalistes de faire leur travail.

A mes yeux, Wikileaks n'est pas du tout un média d'info, c'est un lanceur d'alertes.


Un média lanceur d'alertes c'est quoi?

Un endroit où se retrouvent les fuites, peut être des scoops véridiques (pas de fumée sans feu disent les cons) peut être de la désinformation pure (prêcher le faux pour connaître le vrai disent les moins cons). On sait faire ça nous aussi en France. Vous ne voyez pas à quoi je fais référence? Nous avons un journal lanceur d'alertes très très puissant… le Canard Enchaîné.


Pourquoi Wikileaks n'est pas de l'information mais des alertes?

Les révélations de ces kilo et kilo de documents, c'est environ égal à zéro.

Aucun spécialiste de géopolitique, de géostratégie, de droit militaire, d'histoire militaire, n'a trouvé de pépites dans les documents mis en ligne. Les liens entre les services secrets pakistanais et les Talibans sont un secret de polichinelle. Les bavures militaires sont classifiées parce que c'est pas classe mais les vrais reporters de guerre peuvent vous en faire des bouquins de 15 000 pages, photos à l'appui. Les champs de pavot des cultivateurs afghans, précautionneusement évités par les piétinements et les bombardements des militaires sont une réalité qui ont une explication politique, pas franchement avouable devant le peuple mais clairement stratégique.

Attention je ne dis pas du tout que Wikileaks ne sert à rien, outre l'excitation physique que je ressens quand je pense à des hackers de cette envergure (hum calme toi petite) je pense que Wikileaks a un rôle précis mais ce n'est pas exactement l'objectif qu'il dit poursuivre.

 

Quelle est la mission de Wikileaks?

Le site prône la transparence totale d'un côté et l'information par la voix du peuple de l'autre.

D'abord s'entourer d'autant de mystères et de secrets quand on se fait le chantre de la transparence des autres c'est paradoxal. Mais je comprends les exigences de se protéger physiquement et de protéger son travail de la censure, surtout quand on force la Grande Muette!

L'information par la foule, le Wiki par excellence, la participation du plus grand nombre pour atteindre la vérité (je n'adhère pas à la vision, je traduis l'expression Wiki) et bien, Wikileaks a montré lui même les limites en recourant à 3 grands journaux pour vérifier et diffuser son scoop.

De plus, le site Wikileaks n'est pas du tout participatif, on peut lui envoyer des infos mais ce n'est pas pour autant qu'elles seront mises en ligne. Rien à voir avec Wikipedia.

 

Quels sont les objectifs de Wikileaks?

Voilà le coeur du problème. Le dessein de l'objecteur de conscience peut être très personnel, insaisissable. Le dessein du militant est clairement affiché et annoncé. Assange (la figure publique de Wikileaks) est un militant, il se bat pour les deux points cités plus haut. Mais comme je l'ai déjà dit, il ne s'applique pas vraiment à lui même ce qu'il recommande aux autres.

Que penseriez vous de l'écolo qui vous traque quand vous sortez vos poubelles pour vérifier votre tri sélectif alors que lui même jette cartons recyclables et piles dans le même sac?

Il y a des actions de Wikileaks qui sont vraiment ambiguës. Rappelez vous ce qu'on a appelé le Climategate, juste avant le sommet de Copenhague: les mails des climatologues britanniques avaient été piratés et diffusés sous la bannière "on vous manipule". Cela a été vu comme une tentative de torpillage du sommet sur les changements climatiques. Plus tard, une enquête indépendante a lavé  les scientifiques mis en cause de toute accusation de fraude, mais Wikileaks avait quand même balancé une bombe sans vérification ni certainement sans beaucoup de jugeotte. Pourquoi?

Et si c'était Wikileaks qui nous manipulait?

 

Qu'était exactement l'opération War Logs?

Avant tout, cette affaire est quand même une reconnaissance du journalisme d'investigation traditionnel. Assange a annoncé qu'il s'agissait d'un véritable partenariat. La vieille presse a fait ses recherches, la seule condition était une diffusion simultanée, je ne sais pas si la date avait été arrêtée avant toutes démarches ou si à un moment tous se sont considérés prêts et ont lancé le sujet. 

Mais ce qui est intéressant c'est que chaque rédaction s'est appliquée à présenter les choses qui correspondaient à leur ligne éditoriale: par exemple le NYT a insisté sur les liens entre Talibans et services secrets pakistanais, le Guardian démontrait l'illégitimité de cette guerre, Wikileaks faisait dans ses commentaires principalement référence aux victimes civiles et aux bavures militaires. Et chacun a choisi son support de présentation, Spiegel a insisté sur les images.

(NB: la sélection de ces articles comme illustrations est délicate presque deux semaines plus tard... rien que le 25 juillet (le jour J) le Guardian en ligne doit avoir plus de 20 articles sur le sujet.)

Ce partenariat devait être un véritable échange. Wikileaks souhaitait que ses révélations soient le moins possible sujettes aux critiques et remises en cause. En échange par exemple,  le NYT avait expressément demandé à ce qu'aucune information diffusée ne mette des vies en danger. Or Wikileaks n'a pas beaucoup assuré sur ce point.  Selon le NYT et le Times, des milliers de noms restent dans les documents sur le site,  noms des informateurs afghans de l'armée américaine... Il me semble que Assange n'en a rien à faire que quelques familles dans les montagnes afghanes soient trucidées pour qu'il puisse mener sa guerre contre les gouvernements sanguinaires et menteurs. C'est bien un truc de militant non? savoir qu'il y a des pertes dans chaque combat...

Wikileaks devrait au moins assurer sur la protection des sources. C'est son crédo, la sécurité et le piratage informatique. Les documents révélés proviendraient de la toute bête copie sur cd d'un serveur par un simple soldat et il parait que la FBI a quelqu'un en ligne de mire... déjà.

 

Bref, je ne dis pas que ce que fait Wikileaks est mal. Mais je me méfie un peu, j'ai du mal à cerner son but. Et puis je ne supporte pas que la simple existence de ce site serve de preuve aux partisans des théories de la conspiration... 

 

Kahazara

 

 

Màj: Il semble que les documents ont été à la disposition des trois journaux un mois avant la diffusion. (ça a du bosser dure quand même.)

L'aspect participatif commence à prendre un sens quand on voit combien d'individus se penchent maintenant sur les données pour les décortiquer. Comme Drew Conway, étudiant en sciences-po à NY sur son site Zero Intelligence agents.


Publié dans INTERNET - JE T'AIME

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kahazara 27/08/2010 17:10



on prend les même et on recommence


http://novovision.fr/wikileaks-nest-pas-une-solution-a-la-crise-du-journalisme-dinvestigation


le tacle à Owni me convient aussi parce que jusqu'à présent, ce site qui se veut une véritable révolution du journalisme, fait du réchauffé et se la pète drôlement