La France est une femme à moitié nue

Publié le par Jeunes femmes insolentes

marianneOn prend les mêmes et... ça commence à passablement m'énerver. J'avoue que j'avais pensé que cette affaire de burqa allait passer à la trappe. Lorsque j'ai eu vent de l'avis du Conseil d'Etat le mois dernier, j'en étais convaincue. 

Entre nous soit dit, le Conseil d'Etat écarte l'argument de laïcité (oh comme moi) puis il écarte l'argument de la dignité de la personne et de l'égalité homme-femme (j'avais utiliser l'expression  du féminisme pour en arriver à la même conclusion) enfin il estime que seules des considérations de sécurité publique pourraient être un argument valable. 

Vite-fait: la dame qui a pris une amende hier (ou avant-hier) au volant de sa voiture parce que le port de son niqab entraverait sa conduite, a présenté son visage aux policiers pour qu'ils effectuent le contrôle d'identité. Elle aurait pu demander à ce que ce soit une femme qui procède à cette vérification, j'aurai trouvé cela normal. Je disais la dernière fois que j'ai parlé de ce sujet que je considère que ce sont aux agents de la sécurité de s'adapter pour porter le moins possible atteinte aux droits et libertés des citoyens. Les fouilles sur la personne sont bien réalisées par des agents du même sexe, n'est ce pas? 


Le Conseil d'Etat laisse planer un doute sur la question de l'ordre public, mais je ne vois pas là une porte d'accès pour le gouvernement. L'ordre public est défini chez nous par la négative, on peut tout faire sauf quand grosso modo, on nuit à la sécurité et à la salubrité. Je n'étais pas dans le fantasme avec "la liberté est la règle et l'interdiction l'exception." La difficulté réside dans un des éléments de l'ordre public qui n'est pas expressément défini: les bonnes moeurs. Il y a là une question hautement morale et je me répète, si notre droit n'avait pas des rencontres douloureuses avec la morale, on n'aurait pas ce genre de débat.

La loi ne définit pas  les bonnes moeurs et la jurisprudence essaie laborieusement de les encadrer selon l'air du temps. Il faudrait déterminer ce critère dans une loi: un socle mini de valeurs et de normes indispensables à la vie en société en France. Le texte pourrait alors préciser des éléments qui rendraient la burqa illégale.

On sait déjà que se promener nu dans la rue est contraire aux bonnes moeurs, il me semble que la petite tenue est aussi contraire aux bonnes moeurs… Qu'est ce qu'on fait pour les affiches publicitaires placardées dans les stations de métro ou les arrêts de bus avec des femmes en culottes? Le juge a déjà (vous pensez bien) considéré que ce n'était pas contraire aux bonnes moeurs. Evidemment c'était quand il déterminait lui même, au cas par cas, ce que recouvraient les bonnes moeurs. Si demain une loi expose les grandes lignes de ce pilier de l'ordre public, le juge n'aura plus (ou beaucoup moins) de marge de manoeuvre.

Exemple: Si cette hypothétique loi ne mentionne pas la nudité ou le très-court-vêtu, cela signifie que ce sera légal (la burqa vous gênait? n'ayez crainte, c'est fini, vous pouvez à nouveau sortir avec vos enfants dans la rue et vous n'en verrez plus. En revanche vous verrez peut être quelques exhibitionnistes refoulés. Là, tout le monde laisse planer un sourire graveleux en coin de bouche: hmmmm je vais me régaler de courbes gracieuses, de seins légers et de fesses musclées. Laissez moi rire, les gens qu'on a envie de voir à poil sont en fin de compte, très peu nombreux…) Mais si cette même hypothétique loi mentionne la nudité ou le très-court-vêtu comme une atteinte aux bonnes moeurs, adieu campagne de pub des galeries Lafayette (notamment hein, je ne jette pas la pierre ;o) 

Bref, je m'éloigne comme toujours, je suis la reine de la digression. 


Enfin le Conseil d'Etat arrive à la conclusion éminemment logique selon laquelle toute interdiction absolue serait contraire à notre système juridique. (pour l'instant...)

Aussi, il dit: "il est clair qu'on ne peut traiter le problème du voile intégral comme celui des cagoules." C'est clair??? Quand le Président ou les ministres annoncent sereinement que, malgré tout, le port de la burqa sera interdit en France, je me demande s'ils étaient dans les parages ces derniers mois?!

Quel est l'objectif? parce que ça commence à bien faire de se cacher derrière le droit des femmes.

Puisque critiquer (et démonter) les arguments juridiques est sans effet sur la conviction du Président, voyons les arguments politiques.

L'assimilation? la lutte contre tout ce qui touche de près ou de loin à l'islam? la lutte contre ce qui semble être de l'islam radical? Vous l'avez entendue, cette femme verbalisée en voiture? vous avez entendu son français impeccable, pas de faute de syntaxe, même pas d'accent... qu'est ce qu'il faut assimiler? Vous savez combien la syntaxe de Sarkozy est irréprochable... je me moque et c'est gratuit. Je vous rappelle que cette femme est française, elle l'est, c'est pas en cours ou peut être ou elle espère, elle est française.

Donc c'est l'islam le problème politique? Le risque c'est que l'islam ne disparaisse pas avec l'interdiction des burqa... même l'islam fortement visuel... Après, il reste les minarets, puis les barbes, puis les mosquées, puis ce fameux voile visé par la loi de 2004. Oups non, le voile c'est pas une particularité islamique. N'oubliez pas qu'à la sortie des messes catholiques, il y en a des voiles. A la sortie des synagogues aussi. Pire, pas qu'à la sortie du culte, il y a des voiles catholiques et juifs dans la rue tous les jours de la semaine!! Cela risque de compliquer un tout petit peu les choses.

J'arrête de déconner: c'est quoi l'argument politique de l'interdiction de la burqa? svp, donnez moi une réponse.

Je suis incapable d'entrevoir les véritables raisons de l'acharnement des politiques contre la burqa mais une fois encore, je renouvelle ma farouche opposition à une interdiction au nom de LA liberté en premier lieu et au nom de MA liberté en second... nan c'est pas vrai, c'est l'inverse.

Je crains le référendum qui pourrait avoir lieu sur cette question. Non pas parce qu'il semble que le peuple dirait que: oui, il trouve cette loi opportune et bien fondée, mais parce que derrière il faudra changer la constitution pour que tout reste cohérent. Et là, c'est dangereux, même pour moi, française sans burqa mais habillée, pas forcément avec bon gout mais avec pudeur et en toute liberté. Je commence à avoir peur.

 

Kahazara  

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Lapin 27/04/2010 14:01



Mon moment préféré :


"mais les malheurs de cette famille ne s'arrêtent pas là".


Il est drôle Eolas.



Lapin 24/04/2010 08:05



A vouloir faire la maline pour 22 euros...


http://fr.news.yahoo.com/4/20100423/tts-france-niqab-volant-hortefeux-ca02f96.html



Kahazara 26/04/2010 14:43



"Comme vous le voyez, plus que la question de la burqa, cette affaire
pose le problème du respect de la loi par le gouvernement lui-même, qui a tendance à considérer les obstacles juridiques à son action politique comme d’insupportables tracasseries, alors que ce
sont précisément des gardes-fous, qui n’ont décidément jamais aussi bien porté leur nom." dixit Maître Eolas ici même=> http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/04/24/Cachez-moi-cette-burqa-avec-laquelle-vous-ne-sauriez-voir